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Djé, le Prince Saphir, s'est éteint paisiblement le 21 février 2017. L'état de notre vieil ami s'étant dégradé, nous avons du nous résigner à faciliter son dernier voyage. Nous devions bien ça à notre papouni chéri . . .

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Depuis 2014, l'animal est officiellement considéré comme un être sensible. Cela nous semble évident de différencier notre chat ou notre chien du simple objet. Et, pourtant, cette conception est le fruit d'une longue construction culturelle, comme l'explique Georges Chapouthier: «Deux conceptions de l'animal co-existent depuis toujours et traversent l'humanité: celle de l'animal humanisé et celle de l'animal-objet. L'animal humanisé a été prioritaire dans toutes les civilisations.»

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Puis la biologie progresse. On s'aperçoit que l'animal possède une sensibilité nerveuse et émotionnelle. On intègre la théorie de l'évolution. Parallèlement le niveau de vie augmente, on peut se payer le luxe de se poser des questions de morale vis-à-vis des animaux et de choyer ces boules de poils domestiques qui occupent une place de plus en plus importante dans nos vies: «Le choix de l'homme de se tourner vers le chat et le chien est aussi un choix d'identification. Les animaux sont généralement des êtres rigides, qui changent peu. L'homme est une espèce juvénile, qui joue toute sa vie (les arts, les sciences, ne sont au fond que du jeu) et peut s'adapter à tout. Les chiens et les chats gardent aussi ce côté joueur.»

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Professeur émérite au CNRS, Georges Chapouthier est l'auteur, avec Françoise Tristani, de Le chercheur et la souris, CNRS éditions, Paris 2013.

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Aujourd'hui, la frontière entre homme et animal tend à s'effacer. On tente d'articuler nos droits avec les leurs. Mais cette conception de «l'animal sensible» n'entraîne pas encore une adhésion unanime.  «Les thèses de Descartes font triompher la conception de l'animal-objet. Pour lui, les animaux sont des automates, des assemblages de pièces et rouages, dénués de conscience ou de pensée. Nous en sommes encore très marqués aujourd'hui, comme le montre l'expression “ce n'est qu'une bête”.» Mais évidemment, cette expression n'a pas cours chez nous, où il est difficile de savoir qui des animaux ou des humains, est le "maître" ... 

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Dans notre société actuelle, un changement radical est intervenu dans notre perception des animaux. Bien que les humains élèvent des animaux domestiques depuis des milliers d'années,  c’est uniquement au cours des quarante dernières qu’ils sont devenus des membres à part entière de nos familles. Il y a une meilleure prise en compte du bien-être animal dans notre société, et Djé aura bénéficié de ce contexte jusqu'à la fin : prévenances, confort, attention, affection . Le vétérinaire s'est déplacé pour venir "l'endormir" à la maison, lui évitant ainsi le stress d'un trajet en voiture en lui permettant de rester dans son environnement familier.

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Mais qu’est-ce qui sous-tend ce changement dans la façon dont les animaux domestiques sont perçus et traités ? Ils sont devenus des membres à part entière de la famille. Nous avions quatre chats, mais les trois qui survivent à Djé ne comblent pas sa disparition : chacun est unique, tous sont différents et notre relation avec l'un ou avec l'autre n'est pas la même. Djé laisse un grand vide, ne serait-ce que par la somme de soins et d'attentions que nous lui consacrions chaque jour ... mais c'est bien plus que ça. Sa présence était très particulière et l'attachement que nous lui portions l'était tout autant.

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Ainsi la décision de faire euthanasier notre amichat a-t-elle été pénible à prendre, même si elle s'est imposée à nous par le fait que Djé n'était plus en mesure de vivre des moments agréables dans le présent. L'avant-veille de sa mort, il avait dédaigné les morceaux de saumon fumé que lui proposions et dont il raffolait pourtant. Il respirait avec difficulté, urinait sous lui et semblait très fatigué. Nous savions qu'à cet état de fait, il n'y avait qu'une issue unique, fatale. Mais la décision n'en a pas pour autant été moins douloureuse, ni facile. Mais nous avions à remplir du mieux possible la dernière obligation que nous avions vis-à-vis de notre vieux copain : lui assurer une mort douce.

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Toute relation avec un animal de compagnie implique forcément une perte un jour ou l'autre. Le cheminement menant vers la décision de l'euthanasie est souvent émotionnellement très pénible. J'ai trouvé ces mots d'un vétérinaire, dont je saurai me souvenir : "Voici un conseil pour quiconque envisage d’adopter un animal: quand vous l’accueillez, établissez la liste de tout ce qui le rend heureux (manger une friandise, courir après une balle, etc.). Mettez la liste de côté jusqu’au jour où votre animal est touché par une maladie incurable, comme un cancer. À ce moment-là, reprenez votre liste: votre animal est-il encore capable de courir après une balle? est-il toujours heureux de recevoir une friandise? S’il a perdu sa capacité à profiter de ces moments-là, c’est qu’il est temps de le laisser partir".

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Les animaux ne sont pas comme les humains, ils ne nous disent pas s’ils souffrent ou pas. Mais ce n’est pas si difficile que ça à objectiver, quelque soit la force du lien affectif qui nous attache à notre petit compagnon . Il faut savoir faire la différence entre la douleur et la souffrance. La douleur est quelque chose de physique, on a mal. Alors qu’il est tout à fait possible de souffrir sans avoir mal. Prenons à titre d’exemple une personne dépressive. Elle est en souffrance mais elle n’a pas forcément de douleur physique.Alors il est assez facile pour un vétérinaire de dire par exemple qu’un chat de 18 ans hypotherme, qui ne se nourrit plus depuis 7 jours et dont l’urémie crève les plafonds, souffre. Par contre le véto sera rarement à même de dire si le chat a mal ou pas. Il faut savoir reconnaître la souffrance de l'animal ... et savoir l'admettre.

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Pour savoir si le jour d'euthanasier notre animal est arrivé, il faut se demander s'il est possible ou non de soulager ses souffrances. Si ce n'est pas le cas, si le chat souffre d'un mal incurable, si sa qualité de vie s'est beaucoup détériorée, alors on doit envisager de mettre fin à sa souffrance.

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J'ai utilement trouvé cette triste check-list :

  • Reste-t-il prostré ?
  • Refuse-t-il toute nourriture ?
  • Respire-t-il avec difficulté ?
  • A-t-il une tumeur qui le fait souffrir ?
  • Parvient-il à faire ses besoins correctement ?

Si à plusieurs de ces questions, la réponse est positive, le chat est en grande souffrance. Il est temps d'agir et de prendre rendez-vous avec le vétérinaire.

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L'euthanasie est un acte médical qui ne peut être exécuté que par un vétérinaire dans le but de mettre fin aux souffrances d'un animal incurable ; de mettre fin à l'agonie d'un chat (ou chien) âgé en fin de vie.

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Dans la nature, les animaux ne survivent pas longtemps aux maladies ou blessures : ils dépérissent rapidement ou sont éliminés par des prédateurs. C'est souvent la faim qui les tue. Lorsqu'un chat malade ou âgé ne peut plus se nourrir, se tenir debout, faire ses besoins et cherche à se cacher, le moment est venu.

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L'euthanasie doit produire une perte de conscience instantanée et une mort rapide. Le chat meurt suite à une injection de produit létal provoquant l'arrêt cardiaque et respiratoire. Le choix de la procédure dépend du vétérinaire qui prend en considération l'état de santé de l'animal, l'état d'agitation, l'urgence et l'accès veineux ainsi que la présence des propriétaires.

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Il n'a fallu à Djé que trois secondes pour s'endormir d'abord sous l'effet de l'anesthésiant, son large front appuyé contre la main de Chris comme il avait toujours aimé le faire. Ensuite l'injection létale de Pentobarbital, créant une dépression immédiate du cerveau, a provoqué une mort instantanée et sans souffrance.

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Le vétérinaire, très respectueux de la dépouille mortelle de notre pauvre chat, s'est ensuite chargé de la procédure d'incinération. Une fois Djé parti, il n'est d'abord resté dans la maison que notre chagrin. Puis notre soulagement, en réalisant que sa souffrance -elle aussi- avait disparu.

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Un mois exactement vient de passer, depuis son dernier soupir rendu le 21 février 2017 à 12h41. Mon vieil ami me manque toujours, comme un grand soleil gris un peu triste.  Mais ce que je ressens ne correspond pas à sa réalité : son absence-présence est celle d'un rond soleil gris qui sourit. L'aura solaire de notre ami. Tous les souvenirs que nous avons de Djé, quand il était encore le jeune et majestueux  Prince Saphir, nous éblouissent encore.

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